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Joly, plus fort la vie
Philippe Court
Le Dauphiné Libéré (04/02/2008)
Guéri
d’un cancer, le Drômois (28 ans) a retrouvé le peloton
hier à Marseille, sept mois après sa dernière
course. Bouleversé par cette épreuve et les horizons
qu’elle lui a dévoilés, l’homme a un autre regard
sur l’existence.
Le coureur, affûté, veut rapidement retrouver son rang.
Nous l’avons suivi de La Valette à la cité phocéenne.
Un
seau à champagne posé sur la table. Au centre
des “Gueules cassées” à La Valette du
Var, terre de repos pour vieux soldats qui domine la rade de Toulon
et accueille l’équipe cycliste de La Française des
Jeux, la soirée des coureurs a des airs de fête. Pas de
veillée d’armes. Sandy Casar a 29 ans et Sébastien
Joly retrouve, dans l’étincelle des flûtes qui
s’entrechoquent, l’ambiance joyeuse de cette camaraderie
itinérante... Sept mois plus tard. Longue parenthèse
qui l’a éloigné un temps de sa passion pour
concentrer sa guérison. “Le 25juin,quand mon médecin
m’a annoncé que c’était un cancer, j’ai tiré
le rideau, raconte le Drômois. Pendant trois mois, je n’étais
plus coureur, je ne pensais plus qu’à me soigner.”
“Je
ne veux pas faire de ma maladie un fond de commerce.”
Dans quelques
heures, un dossard viendra de nouveau orner son maillot, maigre carré
de papier où 82 s’écrit en larges caractères.
Accessoire banal de la vie d’un cycliste mais précieux
sésame pour un beau retour au monde. “C’est un symbole
même si ça se fait très naturellement, dit-il. Je
suis là pour la rentrée des classes. ” Pour recevoir,
hier matin devant
l’anarchie métallique du conseil général des
Bouches-du-Rhône, l’accolade de ses compagnons de route :
Voeckler, Hushovd ou Moreau qui ne l’ont jamais oublié et
dont le soutien fut vif aux heures les plus sombres. Pour vivre les
sensations d’un peloton qui sillonne dans l’arrière-pays
marseillais, le cliquetis des roues-libres et les effluves
d’embrocation, les bruits et les senteurs qui ont balisé son
chemin depuis l’adolescence. Sébastien est là pour
redevenir un coureur, pas un rescapé. “Je ne veux pas faire
de ma maladie un fond de commerce, avait-il encore dit la veille, des
sanglots dans la voix. Qu’on ne meconsidère pas comme un
exemple par respect pour ceux qui souffrent de cette maladie. ” Les
images des enfants du Centre Léon Bérard à Lyon,
innocentes proies d’un mauvais destin, comme certains proches
touchés par le même fléau, ont imprimé sa
mémoire, écorché sa sensibilité. “Je
n’ai jamais lutté contre la mort mais très vite admis
qu’on pouvait me soigner, cette maladie n’a bouleversé que
trois mois de ma vie alors qu’elle détruit des familles. Je
demande juste un peu de décence. ” Pour éviter les
raccourcis faciles, les comparaisons simplistes.
“Ce que je veux,
c’est de la performance”
Hier, à l’attaque sur les
premières difficultés ou au chaud dans le peloton,
Sébastien Joly a pédalé comme les autres. Facile
parfois, heureux toujours. Depuis le 15 septembre, le coureur de
Saint-Vallier a reconstruit son corps, à vélo, en
musculation ou en marche nordique (randonnée sportive avec des
bâtons de ski). Puis quand vint le temps des stages, il n’a
demandé aucune faveur. A Renazé, le fief des Madiot, il
sprinte victorieusement sur la ligne imaginaire de la pancarte
indiquant l’entrée de la localité mayennaise,
tradition finale bien connue des sorties du dimanche. A
Saint-Quentin, un soir de décembre, il sent par contre que
l’heure est à la mise au point devant tous ceux qui défendront,
avec lui, les mêmes couleurs. “Histoire que tout le monde
sache, qu’il y ait aucun non-dit, lâche-t-il encore secoué
des frissons de la vérité. J’ai senti beaucoup
d’attention et ça m’a permis deme réintégrer
dans le groupe. ” Les yeux dans les yeux. Sans détour, il
répond aux questions. Prêt à offrir un peu de
l’intimité de son histoire en échange de sa
tranquillité future, ces instants où il compte
s’investir sans publicité pour faire avancer la médecine
“à mon niveau”. Le moment où il n’aura plus qu’à
commenter le fruit de son travail, la saveur d’un résultat.
“La maladie est rangée dans un tiroir que j’ouvre tous les
trois et six mois pour des examens de contrôle, avance-t-il.
Maintenant, ce que je veux, c’est de la performance.”
“Je ne
suis plus le même homme.”
Sur le Vieux-Port, chaude esplanade
ouvert aux vents du large, Sébastien Joly a terminé
avec le peloton. Plutôt fier de ses sensations comme du regard
tendre que lui lance sa compagne, sa mère et sa belle-fille,
cercle rapproché qui ne pouvait pas passer cette journée
ailleurs qu’aux abords
de l’arrivée. “Voilà aussi pourquoi je voulais
reprendre à deux heures de la maison, lâche le Drômois,
à peine éprouvé. J’étais juste un peu
nerveux au départ. ” Un peu transi par l’émotion.
On ne revient jamais d’un voyage, qu’il soit du bout du monde ou
du fond de soi, sans être un peu changé. “Je ne suis
plus le même homme, c’est sûr. Je n’ai plus le droit
de me plaindre parce qu’il tombe trois gouttes de pluie. Après,
la compétition dira si je suis aussi un autre coureur. ”
Dans quelques jours à Majorque, puis au Tour du Haut-Varet
sans doute à Paris-Nice, là où sa carrière
avait décollé l’an dernier. Là où il
sera temps de regarder devant.
Philippe Court
Le Dauphiné Libéré (04/02/2008)
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